Cette semaine nous prions pour:

Marie - Immaculée conception

Le chrétien évangélique, comme les autres protestants, a un réel respect pour Marie, confessée « Mère de Dieu », avec le concile d’Ephèse (cette formule signifie que Jésus, le fils de Marie, est Dieu ; il s’agit en définitive d’une affirmation christologique : Jésus est vrai Dieu et vrai homme).

Les chrétiens évangéliques confessent également la naissance virginale du Christ (qu’il ne faut pas confondre avec l’immaculée conception), et voient par conséquent en Marie un modèle proposé à l’imitation du chrétien : dans son humilité, sa disponibilité à Dieu, son obéissance, son abnégation, sa foi. Son « fiat » exprime admirablement l’attitude juste du croyant devant son Dieu.

Cependant, le dogme de l’immaculée conception, dont l’Eglise catholique romaine affirme qu’il est révélé de Dieu, pose de sérieuses difficultés au chrétien évangélique.

N’insistons pas sur les dérives de la piété populaire mariale, de mieux en mieux canalisées, du moins en France.

Mais, comme les autres protestants, les évangéliques font valoir l’absence totale de base scripturaire d’un tel dogme. Il leur semble assez éloigné des perspectives de l’Ecriture et ils voient difficilement comment il pourrait être admis, tel quel, comme une conséquence légitime de la réflexion sur le mystère marial, en particulier la participation de Marie au salut.

Pour admettre un tel dogme en effet, il faudrait accepter toute une théologie de la Tradition et du développement du dogme à laquelle les évangéliques ne peuvent souscrire. Il est certes admis que l’Eglise, conduite par l'Esprit Saint, progresse dans son appropriation de la vérité révélée, mais l’Ecriture doit cependant demeurer la norme et l’instance critiques qui juge la foi et la vie de l’Eglise. Délier l'Esprit et l’Ecriture, c’est s’exposer à l’illuminisme, qu’il soit individuel ou collectif.

Pour les évangéliques, Marie, elle aussi affectée par le péché originel, est du nombre des pécheurs. Certes, le dogme catholique ne le contredit pas. Il peut être légitime de comprendre que Marie fait partie des rachetés à un titre singulier, par voie de préservation et non de guérison comme le reste de l’humanité. Cependant, le chrétien évangélique fera remarquer que non seulement l’attestation scripturaire reste faible, mais encore que considérer Marie comme une pécheresse à qui Dieu a fait une faveur incomparable, permet de faire éclater la grâce et attribuer toute la gloire à Dieu seul. On pourrait certes dire que l’on valorise davantage la grâce en affirmant qu’elle est antécédente à tout acte humain. Mais le chrétien évangélique sera aussi soucieux d’affirmer la nécessité de l’appropriation personnelle de la grâce par la foi. L’initiative vient de Dieu, l’homme est appelé à répondre par la foi à cette grâce offerte librement.

Le protestant évangélique éprouvera aussi un malaise devant une présentation qui lui semble être une fausse symétrie : les catholiques errant par excès et les protestants par défaut au sujet de Marie. Certes, il admettra qu’il doit encore approfondir sa réflexion sur Marie, mais errer par excès, quand l’absolu est en jeu, lui semble beaucoup plus grave …

Un dogme, une fois promulgué demeure intangible. Mais les réinterprétations du dogme, leurs relectures, « re-réceptions », sont possibles. Le chemin vers une meilleure compréhension serait donc à chercher dans une interprétation plus sobre du dogme.

Alain Nisus