Le bouddhisme

Le bouddhisme est la tradition spirituelle et philosophique instaurée par le prince Siddharta Gautama lorsqu'il devint Bouddha, il y a environ 2500 ans, en Inde.

La tradition rapporte qu'à sa naissance, les oracles avaient prédit qu'il deviendrait soit un monarque universel soit un bouddha (être pleinement purifié et épanoui). Il mena jusqu'à vingt-neuf ans une existence dorée dans le palais de son père qui, voulant le détourner d'une vocation religieuse, éloigna de lui tout ce qui pouvait évoquer la souffrance, la laideur, la mort. Un jour pourtant, s'échappant du palais, il fit quatre rencontres déterminantes avec la maladie, la vieillesse, la mort et, enfin, la sérénité d'un sage en méditation.

Les Quatre Nobles Vérités

Il abandonna donc plaisirs, épouse et enfant, et partit quérir auprès des plus grands maîtres spirituels de son temps les réponses à ses interrogations. Après avoir expérimenté durant six ans l'ascèse jusqu'aux portes de la mort, il décida d'aboutir par ses propres moyens, refusant les extrêmes. Il y réussit et exposa une méthode pour parvenir au même résultat. Il insista toujours sur le caractère expérimental de son enseignement, invitant ses disciples à ne rien croire a priori, ni par autorité (pas même la sienne), ni par tradition, ni par logique, ni par vraisemblance, etc. Devenu Bouddha, c'est-à-dire Eveillé, omniscient, il se révéla un enseignant extraordinaire, donnant toujours les réponses les mieux adaptées à ses interlocuteurs. Son propos ne fut jamais de faire des adeptes mais, par compassion, de donner à chacun, en fonction de sa mentalité et de ses tendances, les moyens de se délivrer par lui-même de toute souffrance.

Le premier sermon du Bouddha sur les Quatre Nobles Vérités propose un chemin à partir de son expérience.

La première Noble Vérité est le constat que toute existence conditionnée est "duhkha", mot signifiant à la fois souffrance et insatisfaction car aucun objet désiré ne peut satisfaire totalement et définitivement.

La deuxième Noble Vérité est l'origine de "duhkha" : l'ignorance fondamentale qui fait croire à un moi permanent et stable où il n'y a qu'impermanence, interdépendance et "vacuité", c'est-à-dire absence d'existence en soi.

La troisième Noble Vérité est la cessation de "duhkha", extinction ne laissant que paix et félicité, nature essentielle de tous les êtres mais qu'ils ne reconnaissent pas. "Elle" est non née, non créée, non formée, non composée. Elle est aussi amour et compassion spontanée pour tous les êtres.

La quatrième Noble Vérité est le chemin qui mène à la cessation de "duhkha", par une attitude juste entre les deux extrêmes que sont l'abandon aux plaisirs et l'ascétisme forcené. La méthode repose sur le respect des principes éthiques, l'interdiction de tuer s'étendant aux animaux, et sur la méditation pour éliminer les émotions perturbatrices et la saisie d'un moi illusoire, source de toute souffrance.

La voie du milieu

Cette voie du milieu entre les deux extrêmes de l'éternalisme et du nihilisme exclut tout fanatisme, est inséparable de la tolérance. Elle implique aussi la compréhension des deux vérités, la relative et l'ultime. Ne considérer que la vérité ultime mène à la justification de tous les actes négatifs : si rien n'a d'existence, pourquoi être généreux, s'astreindre à une quelconque discipline ' Ce serait nier la loi de causalité, c'est-à-dire du karma. Ne considérer que la vérité relative mène au dogmatisme : ne s'attacher qu'à la discipline extérieure est antinomique à la sagesse, c'est-à-dire la compréhension de l'absence d'existence en soi des êtres et des phénomènes, sans laquelle le but ne peut être atteint. Tout acte laisse dans le continuum mental une empreinte qui est comme une graine qui mûrira et germera. Ce continuum mental n'a ni origine ni fin, jusqu'à la rupture du processus karmique. D'une vie à l'autre, il ne s'interrompt pas. Pourtant, il est impermanent et ne peut être assimilé à l'âme, principe spirituel personnel et immortel. On ne peut trouver le moi au cours de cette vie (un moi qui aurait une existence en soi et non en dépendance de ses composantes ou de causes extérieures), on ne le peut non plus d'une existence à une autre. Ne demeure que le lien avec les actes passés, enchaînement de causes et d'effets, pour un être qui n'est ni le même ni un autre, mais plutôt l'héritier du précédent. De même, chacun est l'héritier de son enfance et de sa jeunesse, à la différence que le processus mort-renaissance efface (généralement) la mémoire consciente.

Les Trois Joyaux

Cette méthode ne relève que de la vérité relative, concernant le mode d'être dans le cycle des existences. La vérité ultime, elle, dépasse toute définition et tout discours. Elle ne peut être que réalisée.

Ainsi n'est-il pas demandé à qui "prend refuge" (engagement de base) d'adopter une "croyance" mais seulement d'avoir confiance en les Trois Joyaux (Bouddha ; Dharma, son enseignement ; et Sangha, la communauté) et de s'engager à renoncer à nuire aux êtres vivants. Le Bouddha a souligné que devait être abandonné tout attachement, même à sa religion, présentée comme une barque destinée à franchir le fleuve du samsara (cycle des existences conditionnées) pour aborder la rive de l'éveil. D'ailleurs, il s'est appuyé sur des connaissances et pratiques anciennes pour transmettre son message d'éveil, n'excluant jamais les autres voies. Les grandes traditions spirituelles sont considérées comme émaner de la sagesse de tous les bouddhas (il est dit que mille bouddhas doivent apparaître durant cette ère cosmique, le Bouddha Sakyamouni n'étant que le quatrième).

Dans le bouddhisme, il n'y a pas de Dieu créateur mais un absolu. Chacun fabrique son propre destin mais, pour les êtres non éveillés, dans l'ignorance. Aussi le Bouddha ou le maître qui le représente est-il souvent comparé à un médecin qui, à la requête du malade son disciple pose un diagnostic et prescrit la thérapie des Quatre Nobles Vérités. Cette nature essentielle est la bonne santé, les perturbations de notre esprit étant nos maladies, nos névroses. Dans cette perspective, les opinions sur la Doctrine n'ont de valeur que dans la mesure où elles ont été corroborées par l'expérience du disciple ou, à tout le moins, qu'elles vont l'y amener.

Progresser vers l'éveil

A tout être qui ne s'intéresse pas qu'à son propre sort, et dans la limite de sa durée de vie, mais cherche sincèrement le sens ultime au-delà de l'absurdité de la quête de son simple plaisir éphémère et égoïste, le Bouddha propose le voie qu'il a menée à son terme. Cette voie permet d'acquérir la plénitude de l'être, l'épanouissement de toutes ses potentialités, et la délivrance de tous les êtres de la souffrance, de l'impermanence et de toute forme de mal-être.

Le message du Bouddha est optimiste à partir d'un constat pessimiste. Tous les êtres ont en eux, de façon potentielle, la nature de bouddha, et sont donc appelés à la réaliser. Toute existence conditionnée étant impermanente, les êtres les plus insignifiants comme les plus négatifs sont aussi potentiellement bouddha. Ils ne sont qu'ignorants, ignorants de leur propre nature. Toutefois l'état humain est le plus précieux. Le Bouddha a constamment exhorté ses disciples à profiter de cette existence humaine, état privilégié et rarissime, pour progresser vers l'éveil.

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