Le protestantisme


Les églises dites "protestantes" se considèrent comme des éléments parmi d'autres de la grande mosaïque qu'est l'Eglise Universelle.
Avec toutes les communautés chrétiennes elles veulent être témoins de Jésus-Christ mort et ressuscité pour tous.

Elles ne se veulent pas seules détentrices de la vérité, mais essayent seulement de rappeler toujours à nouveau avec insistance certains aspects du message chrétien qu'elles jugent particulièrement importants.

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Malgré la grande diversité des églises issues de la Réforme, on peut dégager certaines constantes, signes de préoccupations communes ou de sensibilités semblables. 

Nous espérons que vous pourrez percevoir cet "esprit protestant" dans les quelques lignes qui suivent et qui, très simplement, vous en diront sans doute assez pour vous donner envie d'en savoir davantage.

Sans raconter l'histoire de l'origine des églises protestantes, disons seulement qu'une grande question a été posée par les "réformateurs" du 16e siècle :

Quelle est la source de L'AUTORITÉ ?

Les églises protestantes continuent, sans être les seules, à poser et se poser cette question qui peut s'exprimer de bien des façons :

Oui peut parler de Dieu ?
Oui peut parler en son nom ?
Oui peut nous mener à Lui ?
Oui conduit la communauté des croyants ? Oui... ou quoi... ?

On peut certes passer en revue les caractéristiques protestantes avec d'autres points de vue, mais ce souci de relation directe avec la source de la vérité (car c'est bien de recherche de vérité qu'il est question) est particulièrement central.

Nous le montrerons dans des mini-chapitres consacrés à : la BIBLE, les DOCTRINES, les INTERMÉDIAIRES entre Dieu et nous, les SACREMENTS, l'AUTORITÉ dans l'Eglise.

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" Chaque protestant est un pape, une Bible à la main "

Cette formule connue (dont il faut dire qu'elle est exagérément individualiste) indique bien le désir permanent du protestantisme d'affirmer l'autorité première de la BIBLE.

Cette autorité s'exerce sur chaque chrétien, sur les communautés et sur l'ensemble de l'Eglise, car c'est par elle seule que nous connaissons Dieu et le Christ.

En face de la Bible il ne peut exister d'autorité que seconde. 

- Intelligence des individus ou révélations particulières,
- Traditions ou doctrines de l'Eglise ou personnes y ayant une place marquante,
- Lois naturelles ou civiles et détenteurs du pouvoir politique,

ne peuvent, même s'ils sont légitimes, faire pâlir l'autorité de la Bible aux yeux du Chrétien.

Il est bien évident que le texte biblique a besoin d'être compris, assimilé et surtout vécu ; sinon il n'est qu'un document historique ou une suite de recettes magiques. Son autorité n'est que le reflet de celle de Dieu manifestée en Jésus-Christ.
C'est ce que veut signifier l'importance accordée dans la théologie protestante à l' " inspiration du Saint-Esprit " dans la lecture de la Bible. Sans elle le texte reste lettre morte.
Bien évidemment les protestants ne sont pas les ssuls à lire la Bible ! Il faut même avouer que leur culture biblique n'est plus celle d'autrefois et que d'autres chrétiens ont une soif de connaissance biblique qui leur manque parfois.
Il n'en reste pas moins que le protestantisme a le souci toujours renouvelé de toujours remettre en cause ses structures, sa propre pensée, mais aussi toutes choses, le monde et la vie humaine à la lumière de la Bible.
Dans la recherche du noyau de la foi la Bible n'a pas de meilleur interprète qu'elle-même, chaque passage étant éclairé par tous les autres.

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Pour rendre plus accessible le message de la Bible livre aux nombreuses facettes, il a toujours été nécessaire, pour les besoins de l'enseignement, face aux déviations ou aux détracteurs. de donner des définitions simples ou confessions de foi dont certaines ont reçu l'approbation de larges assemblées d'Eglise.

D'autre part, la foi ne supprimant pas la pensée, mais poussant au contraire le croyant à mettre toute son intelligence en oeuvre, une multitude d'ouvrages théologiques expliquent, développent ou synthétisent le message biblique. Certains d'entre eux ont une valeur qui résiste à l'épreuve du temps.

Ces confessions de foi souvent capitales ainsi que les oeuvres théologiques de tous les temps constituent un corps de DOCTRINES.

Il importe de savoir comment le protestantisme réagit en général en face de l'expression doctrinale de la foi (dont une partie importante est de loin antérieure à l'époque de la Réforme).

Pour les églises protestantes les formes doctrinales ne peuvent être que secondes et partielles.

Dans la fidélité à l'esprit de la Réforme, elles ne peuvent qu'affirmer qu'il n'y a

- pas de doctrine qui ne soit à confronter en permanence avec les textes bibliques,

- pas de définitions valables une fois pour toutes. L'Eglise ne peut revendiquer aucune infaillibilité, même en ce qui concerne des textes rédigés et admis depuis longtemps.

On peut même dire qu'à cause de la multiplicité des langues suivant les lieux et des langages suivant le temps et les milieux, les églises ne peuvent qu'être diverses non seulement dans leur organisation ecclésiastique mais encore dans l'expression de la foi. Cela ne les empêche pas d'être unies sur l'essentiel et de chercher à mieux signifier l'Eglise Universelle et de demander à Dieu de la réaliser pleinement.

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Le souci de faire toujours la distinction entre l'essentiel et ce qui n'est que second, se retrouve également quand on examine l'attitude protestante vis-à-vis de personnes ou de rites INTERMÉDIAIRES entre les hommes et Dieu.

Chacun pense sans doute à la façon dont les protestants considèrent généralement Marie, mère de Jésus.

Sans nier, comme on le croit souvent, la place unique de Marie dans l'histoire du salut, les protestants se refusent à lui donner une fonction médiatrice entre les hommes et Dieu. Ils admirent sa foi et son humilité, mais ils ne la prient pas ; ils n'ont pas de formes exterieures de vénération pour elle.

Il en va de même pour tous ceux auxquels on donne le titre de saints, titre que l'on n'aime guère utiliser dans le monde réformé. Tout en essayant de s'instruire de la pensée et de la foi d'un certain nombre de croyants du passé, tout en cherchant à s'inspirer de leur exemple, les protestants ne s'attachent ni à leurs mérites, ni à leur protection et ne leur adressent pas de prières.

Ceci explique pourquoi les temples réformés sont dépourvus de statues. Le refus protestant des images va d'ailleurs plus loin que le simple rejet de la vénération des saints.

D'une façon générale la mentalité protestante ne s'accorde pas avec l'idée selon laquelle la rencontre avec Dieu aurait des lieux, des temps ou des formes privilégiés.

Les temples ne sont que des lieux de rassemblement ; les fêtes chrétiennes sont extérieurement peu marquées ; il n'y a pas de pèlerinages, d'actes ou de geste qui en soi rapprocheraient de Dieu. Seul le fait de participer à la vie d'une communauté est mis en avant comme moyen de nourrir et d'approfondir la foi. Encore faut-il que cette communauté (où la présence d'un pasteur n'est pas indispensable, même pour la Cène, que peut célébrer n'importe quel officiant ayant reçu sa charge de l'Eglise) soit centrée sur l'écoute de la Parole de Dieu.

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Dans une communauté qui place en son centre l'annonce de la Parole, qu'elle est la place des SACREMENTS ?

Dans la vie du chrétien tourné vers l'écoute, quel est le sens de l'action ?

Des réponses, même brèves, à ces questions permettent de rendre compte des opinions généralement admises dans les Eglises de la Réforme.

D'une façon générale on peut remarquer le désir constant de marquer le lien entre la Parole et les sacrements (au nombre de deux, baptême et cène, seuls explicitement institués par Jésus).

Ceux-ci ne peuvent avoir de sens que comme illustration des paroles de Jésus, comme représentation (au sens fort du terme) de sa Parole.

Ceci explique une préférence assez fréquente pour le baptême d'adultes (plutôt que d'enfants) et une tendance générale à ne pas admettre les enfants à la cène.

Ce refus de donner une valeur en soi a un certain nombre de gestes ou de pratiques dans l'Eglise, nous le retrouvons quand nous examinons la vie et les actes de chaque chrétien.

Il est bien connu que la Réforme a invité et invite encore le chrétien à vivre " par la foi seule ", " de la seule grâce "· Elle met en garde contre toute tentation de s'attribuer des mérites par ce que l'on fait.

L'annonce du salut gratuit n'est certes pas l'apanage des protestants, mais ils gardent une sensibilité particulièrement vive en face de tout risque de glorification humaine.

Cela ne les empêche pas de prendre leurs responsabilités individuelles et collectives, mais les actions qu'ils entreprennent, dans tous les domaines, ne peuvent jamais être qu'une conséquence de l'action première de Dieu, de son amour reçu par chacun mais destiné à tous.

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C'est dans la façon dont il essaye de résoudre le problème de L'AUTORITÉ DANS L'EGLISE que le protestantisme manifeste de la façon la plus visible l'esprit qui l'anime.

Chacun sait que les églises issues de la Réforme n'admettent pas l'autorité d'un homme seul (Pape) sur l'ensemble de l'Eglise.

Plus largement, il faut savoir que dans ces églises l'autorité n'est généralement pas exercée par un homme seul, mais par des conseils élus par les assemblées locales, régionales ou nationales selon le cas.

Il n'y a pas de responsabilité ou d'acte (fut-il sacramentel) qui puisse être réservé à telle ou telle catégorie de chrétien (prêtre par exemple). Le pasteur n'a pas un rôle fondamentalement différent des autres membres de l'église.

Le protestantisme ne pense pas trouver dans le Nouveau Testament un modèle immuable pour l'organisation de l'Eglise. Il insiste sur l'aspect humain des institutions ecclésiastiques et n'en fait que des moyens pour une meilleure transmission de l'Evangile et pour la manifestation d'une solidarité entre les communautés locales qui sont les cellules de base de l'Eglise.

On comprend pourquoi le protestantisme se soucie peu de la forme juridique de la transmission de l'autorité d'une génération à l'autre.

On comprend aussi pourquoi les protestants manquent d'ardeur pour l'unification des institutions, ce qui n'est pas contradictoire, dans leur esprit, avec un souci oecuménique cherchant dans un respect mutuel un approfondissement de la communion de foi et d'action.

Enfin il existe nettement une tendance protestante (pas partout suivie d'effet) à maintenir une stricte indépendance réciproque entre l'Eglise et l'autorité civile, sauf si la liberté de conscience ou la dignité humaine est en jeu.

Le protestant a une grande méfiance vis-à-vis de toute prise de position ecclésiastique qui dicterait au fidèle ce qu'il doit croire ou comment il doit vivre. L'Eglise reste l'Eglise de tous et chaque chrétien doit choisir et prendre ses responsabilités.

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Comme la lecture de ces quelques pages ou l'expérience personnelle peuvent vous le faire sentir, l' " esprit protestant ,. mène sur une voie difficile qui exige :

- une recherche personnelle
- la prise de responsabilité de chacun
- une remise en question permanente et parfois désagréable des habitudes et des institutions.
" L'église réformée est toujours à réformer "·

Cette voie n'est pas exempte de dangers :
- individualisme et complexe de supériorité des fidèles
- esprit de caste ou d'élite dans les communautés.

Pour lutter contre ces dangers, il faut affirmer en terminant cette brochure que les protestants et leurs églises n'ont pas le privilège de marcher sur ce chemin difficile et s'en écartent parfois notablement ! Ils n'ont de toutes façons aucune supériorité à mettre en avant s'ils restent fidèles à cette devise de la Réforme :
SOLI DEO GLORIA
à Dieu seul soit la Gloire.