1. Sur la liberté et la sécurité

Extrait du document « Vérité - Solidarité - Exemplarité » rassemblant des éléments de réflexion sur les grandes orientations politiques et sociétales en France. Il a été publié en mars 2012 dans le contexte des élections présidentielles et législatives.(Texte complet)

Des tensions

En acceptant le paradoxe de l’Etat de droit (contradiction entre les lois et le respect des libertés), l'individu devient réellement citoyen. Il se doit de respecter le cadre de la loi et par son seul comportement, devenir un acteur précieux de la sécurité.
Cependant, depuis 2004, un grand nombre de lois pénales ont été votées, motivées par la fascination du fichier, la « bouc-émissarisation » du récidiviste, la focalisation sur la dangerosité comme critère de décision et la réduction de coût de l’enfermement. Elles ont provoqué de nombreuses crispations.
Il importe en effet, de rester juste, de respecter la déontologie de la justice pénale, les règles de l’Etat de droit et le fait qu’un être humain n’est pas prédéterminé par son passé. La justice ne peut être rattachée à des pratiques qui fondent le lien social sur la peur de l’autre.

Le tout sécuritaire
La recherche de la sécurité comme seule réponse politique à l’inquiétude latente du citoyen doit être dépassée. En effet, cette recherche de sécurité n’est qu’une quête sans fin du citoyen à qui l’on veut faire croire qu’il pourrait vivre dans une société totalement sûre. La légalité, la proportionnalité des peines aux délits, l’égale dignité des justiciables et la présomption d’innocence doivent rester des principes inviolables. Nous risquons de confondre les tâches de la justice avec celles de la police, chargée du maintien de l’ordre. L’Etat de droit, qui tend à concilier libertés et sureté, ne doit pas être transformé en un Etat policier qui sacrifierait les libertés à une sécurité illusoire.

Notre code pénal ne doit pas se déshumaniser et devenir un code de sécurité. Nous mettons en garde contre cette dérive qui touche spécialement la justice des mineurs.
Les mutations technologiques de ces dernières décennies tendent à exacerber le désir de tout contrôler : nous sommes observés, captés et analysés par des systèmes de plus en plus intrusifs, traquant l’intimité des individus. Nous assistons par exemple à des formes de surveillance en temps réel qui modifient la vision de la surveillance policière traditionnelle. La recherche des coupables cède la place à un contrôle de la totalité de la population dans l’espoir de prévenir des attentats ou des désordres.
Les techniques de surveillance, de fichage, de classement utilisent des méthodes de traitement de données qui conduisent à définir une moyenne de comportement, d'activité, d'aspect physique... Cette moyenne tend rapidement à être érigée en norme. Les écarts, définis à partir de cette moyenne, passent rapidement du statut de différence à celui de déviance. Comment sont décidés les seuils de « dangerosité » dans les différences et les déviances ?
Que signifie cette quête sécuritaire ? Quels sont les risques que nous voulons réellement prévenir ou couvrir ? La sécurité absolue n'est-elle pas devenue une forme de faux dieu à qui il faudrait sacrifier nos libertés ?

Retrouver la confiance

Il nous appartient donc de rappeler aux responsables de la cité que, s’ils sont garants de l’ordre public et donc détenteurs d’un pouvoir coercitif, ils doivent aussi veiller au rétablissement et à la préservation d’un climat de confiance relationnelle. Seule la confiance rend possible une vie partagée harmonieuse.

Les élus se doivent donc de soutenir les actions civiques des mouvements associatifs qui tissent le lien social jour après jour.

 

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