6. Sur l'accueil des étrangers

Extrait du document « Vérité - Solidarité - Exemplarité » rassemblant des éléments de réflexion sur les grandes orientations politiques et sociétales en France. Il a été publié en mars 2012 dans le contexte des élections présidentielles et législatives.(Document complet)

Une instrumentalisation politique

Ces dernières années, les discours sur l’asile et l’immigration se résument souvent à : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde… » Or, cette citation de la célèbre phrase de Michel Rocard prononcée en 1990 est incomplète, elle se poursuivait ainsi : « …mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ». Ce  découpage n’est pas le fruit du hasard : il sert l’instrumentalisation politique de la thématique de l’immigration, thématique qui trouve un terreau favorable dans le contexte de crise économique et sociale actuelle.
S’inspirant davantage de la logistique que du droit, les pouvoirs publics préfèrent parler de « la gestion des flux migratoires ». Puisqu’il s’agit de maîtriser des « flux », des objectifs de performance ont été assignés aux préfectures : atteindre des quotas d’expulsion, toujours plus élevés d’année en année. En passant sous silence qu’il était question d’êtres humains, il était inévitable que soient lésés les droits fondamentaux des migrants. Les migrants sont des êtres humains, non des numéros ou des marchandises.

Des conséquences inacceptables

Cette gestion chiffrée de la politique d’asile et d’immigration crée des situations humainement dramatiques : l’administration crée des sans-papiers en ne renouvelant plus les titres de séjours ; leur enfermement est devenu systématique ; leurs droits politiques (le droit d’asile, le droit à une protection judiciaire, etc.) et sociaux (aide médicale d’Etat, durcissement de l’accès à la carte santé, etc.) ont été réduits. L’acharnement de l’administration à leur égard va jusqu’à priver les plus précaires d’entre eux de la solidarité, d’un hébergement d’urgence, d’une aide alimentaire…
Et lorsque la solidarité vis-à-vis des sans-papiers fait l’objet de condamnations pénales, l’Etat cautionne, de fait, ce qui est de la non-assistance à personne en danger.

Restaurer la justice

Une politique d’asile et d’immigration juste ne peut être subordonnée à des quotas d’expulsion. Les chiffres sont au service des hommes, pas le contraire. Ce qui motive les migrants à quitter leur pays pour venir séjourner ou s’installer dans le nôtre ne peut être étudié qu’au cas par cas, dans le respect des conventions internationales ratifiées par la France dont la Convention de Genève, et avant tout dans le respect de la dignité des personnes. Cette dignité doit trouver son expression dans l’affirmation d’un réel service public de l’accueil des migrants et la redéfinition de règles légales protégeant le droit de vivre en famille, le droit d’asile, et instaurant un droit au travail pour les demandeurs. Le corollaire est de respecter leur parole : on ne peut partir du postulat que ces immigrants sont des fraudeurs et des menteurs dont nous n’avons nul besoin. La bonne foi doit être présumée et le respect assuré.

Retrouver la confiance

En déshumanisant les étrangers, la France se déshumanise elle-même puisqu’elle met de côté des principes qui fondent pourtant sa véritable identité : l’hospitalité et la fraternité. La France perd alors son âme et donne un signal négatif à celles et ceux pour qui l’ouverture, le goût des autres, la diversité et le vivre-ensemble sont des valeurs supérieures au repli sur soi, fondé sur la peur de l’autre et les discriminations. Il nous faut retrouver confiance en nous-mêmes, pour faire confiance aux autres et ainsi prendre notre part de la misère du monde, fidèlement à nos principes. D’autant que, bien évidemment, cette « misère » se transforme souvent en richesses de toutes sortes.