Les chrétiens en Palestine et en Israël aujourd’hui, témoignages et défis. Reprise par Sybille Klumpp

Sybille KLUMPP

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Vous m’avez demandé une reprise mais non pas une conclusion ni une synthèse, cela serait impossible après ces 3 exposés, si denses, si riches, si forts. Tout simplement j’aimerai faire écho à ce que vous avez exprimé comme une interpellation qui s’adresse à nous. Nous vivons ce soir un évènement privilégié de l’église universelle du corps du Christ. Nous nous mettons à l’écoute de ce que nos frères et sœurs vivent en Palestine au Moyen orient et vous nous avez interpellés. Vous nous avez interpellé d’une façon très forte à différents niveaux, alors entendons-nous leur cri ou restons-nous nous tous simplement là où nous sommes ou insensibles, comment allons-nous repartir ce soir, comment réagir à tout ce que nous avons entendu, quelles actions allons-nous entreprendre ? Comment ne jamais abandonner les chrétiens en Orient et en Palestine ? Toutes ces questions sont lancées ce soir, à chacun de nous, à nos églises, à nous tous ensemble. J’aimerai tout simplement partager quatre points avec vous, quatre points qui peuvent ensuite ouvrir l’échange et le débat.

1er point : la reconnaissance de tout ce que vous apportez comme témoins de l’évangile dans cette situation particulière de l’occupation que vous vivez, comme témoins de l’évangile comme frère et sœur dans cette terre sainte. Votre engagement, votre combat, votre lutte pour la justice, la réconciliation, une paix juste pour tous. Votre engagement non pas que pour vous chrétiens, mais pour tous, pour chaque être humain, pour toutes les minorités, pour la dignité de chaque être humain.

La reconnaissance et l’interpellation que vous nous avez encore lancées de façon très forte ce soir par rapport à votre théologie. Cette théologie de la croix, de la non-violence, de la paix juste. Votre lecture de la bible dans votre contexte si particulier. Comment faire face à toutes vos expériences ? vos témoignages ? à votre théologie ? à vos questions ? à vos défis que vous nous lancez ce soir ?Comment dans notre propre lecture biblique, dans notre théologie, ne plus justifier l’injustice l’injustifiable ?

Vous remerciez aussi pour l’analyse politique que vous avez apportée ce soir comme témoignage. Dans nos médias, nous lisons souvent un discours très différent.

Pour ce premier point recevez tout simplement notre reconnaissance de ce partage et de tout ce que vous apportez de votre existence.

Deuxième point : la question des solidarités

De quelle solidarité, les églises palestiniennes ont elle besoin ?

C’est une question qui se pose à nous. Il me semble qu’il y en a au minimum 4 quatre :

· La solidarité au niveau humain de la rencontre, vous l’avez dit nous sommes des amis, nous sommes des frères et soeurs. Nous avons besoin de vous et vous avez besoin de nous. Vous nous dites souvent venez et voyez. Cette invitation à nous rencontrer à nous visiter et cet encouragement pour tous ceux qui sont déjà engagés comme les chrétiens de la Méditerranée ou les différentes Églises avec leur relations avec d’autres églises au Moyen orient, de continuer toutes ces relations.

· Il y des solidarités très important au niveau spirituelle, : la prière, le travail théologique  que nous entreprenons ensemble, nos liens fraternels.

· Mais il y a aussi des solidarités au niveau économique et vous l’avez clairement dit ce soir votre appel à participer au programme BDS : boycott, le désinvestissement et les sanctions.

·  Il y l’exigence de la solidarité au niveau politique également, au niveau de la recherche, de la vraie recherche pour l’existence des deux états, d’une vraie paix juste pour les deux peuples, pour un vivre ensemble durable.

Il me semble que les quatre niveaux :  humain, spirituel, politique et économique sont inséparables

3ème point : Il s’adresse directement à nous. Que peuvent faire les Eglises de France. Vous êtes très fatigues de nos discours, vous avez aussi exprimé votre déception des églises. Vous nous appelez très fort à l’action. Que pouvons-nous faire ? Je pense que c’est à nous tous de réfléchir ensemble. Je lance quelques pistes. Priez, il y a la vague de prières qui est publiée chaque semaine par les amis de Sabeel, 700 personnes reçoivent cette prière et peut être encore plus car elle est ensuite diffusée par les uns et les autres. Nous sommes à travers cette prière tous les jeudis à midi en lien avec le centre Sabeel à Jérusalem avec tout ce que vivez, participez à la semaine internationale de prière pour la paix organisée par le Conseil œcuménique des Églises, avec une liturgie très concrète, avec des actions concrètes ? Est-ce que nos Églises, nos paroisses participent à cette semaine internationale, je ne sais pas.

Vous avez évoqué ce soir le document KAIROS, un document essentiel pour vous, écrit en décembre 2009 d’abord pour les chrétiens palestiniens et pour nous tous. Vous avez développé les points importants de théologie, de la lecture de la bible mais aussi de l’engagement.

Comment recevons-nous ce document ? Est-ce que nous partageons ce document dans nos vies, quelles actions entreprenons-nous suite à ce document. Il y a le programmes des accompagnateurs œcuméniques, développés par le Conseil œcuménique. Il y a des gens envoyés et de retour parmi nous ce soir. Suite à leurs expériences en Terre Sainte, ces personnes sont des témoins qui nous parlent de ce qu’elles ont vécu concrètement.

Agir au niveau de l’analyse politique par rapport à nos discours, nous avons souvent un discours qui ne vous rend pas service mais qui vous fait tort. Je crois que ce soir vous avez eu des paroles très directes pour nous faire réfléchir, de parler de vous, de votre situation.

4ème point : votre témoignage, votre expérience nous interpelle dans nos relations œcuméniques, dans nos relations inter religieuses et dans nos solidarités à différents niveaux, vos expériences du dialogue inter religieux de la résistance de l’engagement non violent, d’ailleurs développer dans des programmes de Sybille si vous regardez le rapport d’activité de programme, vous trouverez beaucoup de programmes qui peuvent nous inspirer pour notre propre dialogue interreligieux, pour notre engagement pour la justice et pour la paix

Vous l’avez souvent souligné, le conflit israélo palestinien est au centre de votre quotidien, mais ce conflit concerne aussi tous les peuples.Vous nous avez aussi interpellés par rapport à l’accueil des réfugiés.

Ces remarques  se veulent une ouverture pour ouvrir l’échange et le débat.

J’aimerais terminer par les paroles de Mounib Younan.

Vivre l’espérance dans une situation sans espoir. Comment espérer en l’absence de tout espoir ?

Mounib Younan dit souvent : «  On me demande si je suis optimiste ou pessimiste face à un conflit tellement complexe. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste mais plein d’espérance. Mon espérance vient du cœur de Jérusalem et du tombeau vide. La puissance de la Croix et de la résurrection s’est manifestée à Jérusalem et c’est la seule source de notre espérance. 
Nous laisserons jamais l’extrémisme, l’oppression, la violence, la haine, les murs, les démolitions et les confiscations des terres diminuer notre espérance. L’espérance de vivre dans la dignité triomphera des forces obscures que nous affrontons. »

Voilà l’espérance des chrétiens de Jérusalem.

Voilà la tache de l’Église universelle : protéger les droits humains de chaque nation.

Soyons tous ensembles dans nos paroles et dans nos actes les témoins de cette espérance plus forte que la violence, l’extrémisme et la guerre. Ne lui laissons jamais le dernier mot.

Que cette puissance de la croix et de la résurrection garde vos cœurs et vos pensées

Sybille KLUMPP